Notes
1er article: panorama large de l'évolution de la presse en ligne. Par rapport à la thématique du temps, 2 temporalités qui se croisent : le flux de l'actualité ; l'exploitation des articles anciens. Le temps des amateurs est différent du temps de la presse classique. Les amateurs ne sont pas tenus par la pression de l'actualité. Circulation circulaire de l'information, entre les différents supports. Elle est accélérée par le Web.
2ème article : théorie de la longue traîne. S'applique-t-elle aux journaux en ligne ? La multiplication des intermédiaires (techniques et des infomédiaires) conduit à une accélération de la diffusion circulaire des informations. Cela contredirait la théorie de la longue traîne. Cela provient aussi de la pression sur la productivité des salles de rédaction.
3ème article : Google news, compétition et coopération qui accroît la pression sur les journalistes, qui modifie la temporalité des journaux. Refus de Google d'admettre qu'il a une ligne éditoriale : il déduit de l'automatique la neutralité et la non-prise en compte du droit d'auteur (c'est le modèle de la bibliothèque et aussi aux EU le fair use). Les critères qui sous-tendent les algorithmes de Google transforment le travail des rédactions (augmentation du nombre d'articles, de leur longueur, de leur rapidité, leur couverture). Contrats passés des agences de presse avec Google pour éviter les redondances d'information dans les articles.
Questions JMS
Les réseaux sociaux (Facebook, twitter) accélèrent-ils le flux de l’info journalistique ? Inversement quel est l’usage des archives en ligne ?
N’y a-t-il pas à la fois convergence et contradiction entre la personnalisation de l’info avec l’enfermement dans la Filter Bubble de E Pariser et la généralisation de la circulation circulaire de l’information ?
Les règles de l’algorithme Google-News sont aussi un jugement sur le journalisme, en creux la vision de la firme, voire de la Silicon Valley, sur un média traditionnel. Quelles sont les changements dans les valeurs mises en avant ? Quelle est la part du contingent (technique du mesurable) et celle de l’idéologie ou de la stratégie ?
Y a-t-il une technicisation des pratiques professionnelles du journalisme web (explicite ou implicite) qui conduirait à de nouvelles relations de pouvoir sur l’information ? par ex sur :
les règles d’écriture (p ex data-journalisme),
l’investigation (p ex plus documentaire que factuelle),
la vérification des sources
la rapidité de la divulgation
Tu ne dis rien du temps de la lecture. Les changements de la lecture numérique/lecture papier n’induisent-ils pas des changements sur la structure des médias ? Par ex, montée du mobile.
Réponses de FR
Circulation circulaire de l'information accélérée par le net et panurgisme informationnel. Nuance : il y a une dualité entre la concentration de nombreux sites sur des sujets d'actualité suivis de manière moutonnière et en même temps l'émergence de sujets d'actualité plus originaux (blogs). On ne doit pas réduire l'information en ligne à une surconcentration de l'information.
Les travaux discutés relèvent de l'analyse de discours (au sens d'analyse de contenu). Il faudrait relier davantage avec les pratiques en matière de production et d'utilisation.
Sur la production de l'information en ligne dans les rédactions. Ouvrage de Patterson qui fait référence. Making online news. D'un côté intensification de la production de l'autre plus étalé : retour du journalisme d'investigation (sur Médiapart, par exemple, en longueur et en précision). Rédactions professionnelles : produire le plus vite possible de l'information low cost. Observations ethnographiques sur les journalistes en Allemagne en 2009 : actions qui durent en moyenne 2 minutes (chercher une source, appeler un correspondant). Avant sur la radio, la moyenne était de 4 minutes. Exemple dans l'autre sens de Rue 89 : volonté affichée de se démarquer des médias classiques, avec un regard plus subjectif, oblique. Ces rédactions-là volontairement ne s'abonnent pas aux fils des agences de presse.
Consultation des informations. J'ai moins travaillé. Pas de statistique sur les usages des archives de journaux. Projet ANR Mediapolis : on a maintenant des profils en termes d'information qui sont assez intéressants. Aller de la consultation en ligne vers des pratiques trans ou cros-médias. 4 grands types : 1) télévisuelle ; 2) combiner télévision et presse ; 3) radio et pratiques variées en ligne (professionnels, blogs, pure players) ; 4) seulement internet à partir des infomédiaires ou les agrégateurs de nouvelles. Il y a des manières de s'informer variées.
Temps de la lecture. Pas d'éléments permettant d'abonder la discussion sur ce point.
Les recherches que j'ai menées étaient sur les ressources en ligne sur le Web. Il y a d'autres dispositifs (relations interpersonnelles, réseaux sociaux). Etudes qui s'inscrivent dans la dynamique des big data. Auteurs qui ont travaillé sur le cycle d'information à l'occasion de la dernière campagne présidentielle (2008) : tendances qui émergent. Les blogs en général arrivent 2 à 3 heures après les médias traditionnels : donc effet d'écho. Fondation Pew (EU) : sur Baltimore. Production d'information sur une dizaine de jours. Qui a la primeur ? Qui est la source ? 80% est une reprise d'information antérieure. 20% originales : vient des médias professionnels, en particulier du quotidien local de Baltimore. Tweeter était inclus dans le corpus, avec une contribution très faible (2 informations originales seulement, et venant de la police locale).
ANR Internet, pluralisme (FR pilote). On a ajouté un volet Twitter. Temps d'activité des tweetonautes (20 000 comptes) : le samedi et le dimanche baisse de productivité et aussi le mercredi après-midi (liée à une pratique professionnelle). Par rapport aux sujets d'activité, homologie entre Twitter et le reste du Web. Twitter a une composant ludique, people (éventuellement détournée). Tropisme pour l'information de nature high tech via un prisme politique. Sujet plus fortement commenté sur Twitter : Hadopi.
BH + YM Evolution son/vidéo.
FR. Centrage sur l'écrit dans les 3 articles : une étape de développement du Web. Nouveau projet INA trans-médias, sur la circulation entre les médias. Pas d'éléments aujourd'hui. Ajouts de photos dans Twitter. Un étudiant chinois en master 1 a fait son mémoire sur le réseau officiel chinois qui intègre la photo (Twitter étant repoussé). Dans les événements en Chine médiatisés via ce réseau, au moment de catastrophes naturelles ou d'accidents ferroviaires : ont été très relayés sur ce réseau.
JPM Retour sur la temporalité. A-t-on des catégories de presse en ligne sur le recul temporel tel quel analogues à celles qui se sont instituées dans la presse, la radio, etc.
VB L'effet de la longue traîne est un renforcement des informations toujours reprises mais un maintien des informations rares.
FR Information très chaude et immédiate et plus magazine. Il y a des positionnements éditoriaux variés (Google news et immédiat vs portails spécialisés dans l'approfondissement). A la fois flux et stock. Elles cohabitent sur le net.
Informations sur-traitées / traitées de manière plus isolée. Il y a une corrélation avec le mode de production des informations. Voir quels sont les sites qui ont du main stream médiatique et ceux qui sont dans la rareté éditoriale (bogs, pure players).
AM Evénements couverts par des journalistes professionnels mais pas seulement. Exemple : Festival de Cannes.
VB Surprise par l'étude à Baltimore sur la rareté des informations originales dans Twitter par rapport à ce qui se dit.
FR Méthodologie. Le corpus de sites Web a été élaboré en s'attachant à des sites qui produisent de l'information générale et politique. Pour de l'information plus spécialisée, il y aurait à consulter des sources plus originales (dont amateurs). Corpus de 209 sites d'information générale et politique dont une centaine de blogs (15 professionnels, le reste amateurs). Twitter : au départ 400 comptes de personnes particulièrement intéressées par l'information générale et politique (liste fournie par une société). Extension par les followers à 23 000 dont beaucoup d'amateurs. On s'est donné les moyens d'aller au delà de la seule sphère professionnelle.
L'information professionnelle domine, y compris sur Twitter : plus grande réactivité et capacité à renouveler l'information. Ils bénéficient en autre d'une autorité. Etude de 2011 Trends in social media Huberman. 1 milllion de tweets analysés aux EU. A partir des sujets à la mode, les plus relayés (selon Twitter). Essai de déterminer les Twitters les plus influents. Les 20 premiers plus influents sont pour 14 des professionnels.
Sur des sujets isolés, chacun va pouvoir développer une thématique originale. Les professionnels agglomèrent un ensemble de followers plus importants.
MS Place de la présentation de l'information
BH Y a-t-il des présentations visuelles qui « font autorité » ?
JMS Y a-t-il des règles d’écriture qui ont évolué ?
JPM Les catégories sont fixées (rue 89 = écrit). Va-t-on vers de la presse multi-média ou reste-t-on sur des genres séparés ?
FR Je n’ai pas travaillé là-dessus. Il y a une normalisation de la mise en écran de l’information. Une collègue travaille sur ce pan (A-L Touboul). Zoning des interfaces qui ajoute à une barre d’en-tête et à l’information dans le bandeau une zone droite pour les interactions.
Rôle des gabarits par exemple dans WordPress.
Il y a des croisements entre des médias originaires de l’écrit et qui sur le web intègrent de la vidéo. Mais aussi des médias qui viennent de l’audiovisuel et qui intègrent de l’écrit. Des sites de radio proposent en version filmée des interviews. Pas de mouvement uniforme des sites dans ces directions. Il y a des attitudes différentes les unes des autres. Europe 1 a franchi très vite le pas de la vidéo sur son site Web tandis que RTL y va à reculons, d’où une plus grande consultation des vidéos de la première station par rapport à la seconde. Europe 1 très tôt une impulsion pour des rédactions bi-médias, tournées vers le numérique. RTL est plus restée accrochée à son média d’origine.
JPM Changements de manière d’écrire.
JMS Y compris jusqu’au graphisme.
FR Les bases de données sont le back-office des sites. Place très grande donnée au graphisme. Expérimentations en termes d’écriture Web. Les stratégies sont très variées. Mediapart : son logo, c’est le petit bonhomme qui vend les journaux dans la rue. Reste sur un modèle de l’information payante, d’où peut-être le maintien d’une identité relativement tradionnelle.
JMS Question du traitement automatique de l’information. Tu donnes les critères de Google News pour privilégier tel article. C’est aussi un jugement sur le journalisme. Y a-t-il des conséquences sur la construction de l’information traditionnelle ?
FR Quand on s’est intéressé à Google actualités et aux brevets visés, on n’a pas la recette qui permet d’arriver au classifieur. Les sites les plus souvent à la une de Google actualité sont ceux où il y a le productivisme le plus marqué (productivité comme signe de professionnalisme journalistique) et où la taille (story size) est importante. La seule entreprise de médias à laquelle Google paye pour l’information, c’est l’AFP. Pas seulement en raison du risque de procès. Google a besoin de l’AFP pour connaître en amont ce que vont être les sujets les plus importants de la journée. Idée d’objectivité de l’information, de pouvoir comparer.
Conséquences sur les rédactions. Les conclusions sont nuancées. Groupe Lagardère (enquête 2008) : acquérir des startups de l’internet, spécialistes du référencement des informations sur le net. Les articles produits par les circuits classiques étaient ensuite filtrés par ces spécialistes du référencement. Libération (2008) : plus contradictoire. Pour l’édition internet, on évite les titres trop dans la subjectivité (jeux de mots). Sinon on risque de passer à côté du story size.